Après trois épisodes de la série Downtown Abbey, difficile de ne pas être élogieux.
Ecriture, casting, direction d'acteurs, soin accordé aux détails artistiques... C'est carton plein.
Et cette capacité à créer très vite un choeur de personnages à la fois cernées et en nuances, au gré des innombrables incidents : très très fort. Evidemment, on pense aux Vestiges du Jour et surtout à Gosford Park, écrit par le même Julian Fellowes (Oscar du meilleur scénario en 2002 et co-auteur de The Tourist, le blockbuster avec Jolie et Depp). Lequel scénariste est aussi comédien, réalisateur et représentant conservateur à la Chambre des Lords. Tant qu'à faire...
Détail amusant, l'une des femmes de chambre n'est autre que la wildlings que capture Jon Snow dans Game of thrones. Et une authentique aristocrate écossaise : Rose Eleanor Arbuthnot-Leslie.
Je n'irai pas jusqu'à dire que ça me passionne à chaque minute ou ne m'irrite jamais - la brève tirade sur la nécessité économique et humaine (!) de laisser un valet vous servir... servilement est dure à avaler.
Mais j' ai trouvé à ces 3 premiers numéros une grande classe.
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dimanche 1 juin 2014
vendredi 3 janvier 2014
Broadchurch - série TV de Chris Chibnall
Dans une ville balnéaire du Dorset, la découverte du corps d’un jeune adolescent assassiné bouleverse les relations des autochtones et met à nu bien des secrets. Sur la trame classique du whodunit au sein d’une communauté - à la TV Twin Peaks en est un exemple bien connu mais on peut remonter bien plus loin avec les romans de Christie, bien sûr - Chris Chibnall écrit une oeuvre prenante de bout en bout.
Lent, le récit en lui-même n’est nullement original, et la violence physique quasi absente ; même si les cliffhangers sont soigneusement ménagés, ce n’est pas sans doute pas là qu’il faut chercher la qualité de cette mini série mais plutôt dans sa réalisation, sa lumière, sa musique et, surtout, son interprétation.
Non, David Tennant - vous le connaissez pour son rôle de Dr Who - n’est pas la bonne surprise de Broadchurch : il est même un cran au-dessous du reste du casting principal.
Olivia Coleman, l’inspectrice qui seconde un Tennant déboulant dans son service après une mutation, est bouleversante de bout en bout. Que ce soit dans le registre du quotidien ou les moments tragiques, elle assure avec une authenticité surprenante, une sensibilité émouvante. Pourtant, elle demeure le personnage dont on ne déterrera aucun secret, aucune faille singulière pour l’expliquer, la déterminer, voire l’enrichir - bon, on peut dire que l’existence d’une soeur inconséquente et dépensière est une fêlure. Son personnage est le lien entre le spectateur et les protagonistes, l’interface, le témoin éberlué de découvrir tant de péchés parmi ses semblables. Il en découle la mise en brèche d’ une sorte de naïveté exquisément interprétée. Ou plutôt non, vécue : Coleman ne joue jamais, elle existe. Pour moi, une révélation à la hauteur de Sidse Babett Knudsen, l’actrice de Borgen.
Jodie Whittaker et Andrew Buchan, les parents du gamin assassiné sont eux aussi parfaits, alternant la peine, la colère, le désarroi avec une même maîtrise : quelques regards, une inflexion de la voix suffisent.
Bien des seconds rôles contribuent à la réussite des intrigues parallèles. De quoi entraîner le spectateur, pieds et poings liés et avec empathie, dans les tourments de ces villageois pas toujours au-dessus de tout soupçon.
Quant à la formidable musique de Olafur Arnalds, elle jette une aura plus mélancolique qu’angoissante sur le littoral anglais - je vous conseille ses mini-concerts sur You Tube, tout en retenue et en émotion.
Malgré sa résolution un peu bâclée, Broadchurch est une réussite. L’enquête bouclée, le scénario prend un peu plus de la moitié du dernier épisode pour explorer les conséquences de la révélation du meurtrier : une nouvelle dose de noirceur pour une série qui ne manque pas de moments crépusculaires.
mardi 10 avril 2012
Borgen
Vous avez peut-être manqué la série Borgen, sur Arte. Vous le
regrettez déjà et je vous comprends. Petit rappel.
Un épisode de Borgen c’est :
- Une femme 1er ministre aux prises avec sa houleuse coalition : quel piège lui ont tendu ses partenaires ? Quel scandale
tentent d’exploiter ses adversaires ?
- Une femme surchargée de travail au point de mettre son
couple en péril. Jusqu’où aller pour sauver son gouvernement, répondre aux sollicitations
de son équipe sans pour autant épuiser la patience d’un époux qui a mis sa
propre carrière entre parenthèses ?
- Une journaliste éprise du spin doctor* de la susdite 1er
ministre. Comment faire son boulot en échappant aux menaces, aux manipulations ?
Quelle place accorder à la vie sentimentale ? Jusqu’où aller dans sa quête
de vérité ?
- Un spin doctor cynique et plein d’ambition :
comment déjouer les pièges qui entravent la bonne marche du gouvernement ?
Comment reconquérir le cœur de la susnommée journaliste ? Jusqu’où conduire la manipulation d’autrui
sans se perdre ?
Ces trames se chevauchent, se répondent et sont reprises à
chaque épisode. Au point de donner à la gouvernance du Danemark l’allure d’un
match permanent où il s’agirait moins de préparer le pays au monde qui s’annonce
qu’à occuper le terrain au prix de tous les sacrifices, de toutes les traîtrises,
de tous les compromis.
Malgré les idéaux – en dépit ou à cause d’eux : pas
plus les intéressés que les électeurs ne sauraient trancher – l’exercice
du pouvoir transforme. Rien de nouveau dans ce constat et Borgen ne propose pas
grand-chose de plus. Simplement, il y parvient avec conviction, une certaine
humanité, une psychologie simple mais pas simpliste, à peu près débarrassée du
manichéisme cher aux scénarios anglo-saxons. Parvenue au sommet de l’état par
la grâce de coïncidences tombées à point nommé, l’héroïne gagne peu à peu en
maturité politique ce qu’elle perd en humanisme. La sombre étoffe du tailleur
avec lequel elle achève la 1ere année de son mandat, et par la même
occasion la 1ère saison, souligne cette évolution, ce cheminement
vers la solitude brûlante du pouvoir. Une progression portée par une actrice
exceptionnelle, capable de nourrir son personnage des plus subtiles nuances de
l’enthousiasme, de l’inquiétude, de l’hypocrisie, de la lassitude, de l’amour
aussi et, indispensable en l’occurrence, de l’autorité. Pour profiter
pleinement de son jeu réaliste, il faudra choisir la version originale
sous-titrée – un effort qui en vaut grandement la peine.
Borgen m’aura appris deux choses fondamentales : une
coalition centriste c’est le bordel, et viser l’excellence professionnelle sans
l’aide d’une babysitter, c’est la mort du foyer. Une double leçon à méditer à l’approche
des élections, non ?
* Chargé de la communication du 1er ministre. Son importance dans le script tend à démontrer que l'éminence grise n°1 cherche moins à mesurer les conséquences sur l'avenir du pays de telle décision politique, tel acte privé, telle infortune publique qu'à en connaître et en maîtriser les retombées médiatiques. Comme si le modèle Attali-Kissinger était obsolète.
lundi 2 janvier 2012
Bored to death
Bored to death porte très mal son nom, et enchaîner les épisodes de 20mn ne m’a jamais tiré un bâillement. Sous la plume unique et singulière de Jonathan Ames, trois hommes, trois amis, auront connu les mésaventures les plus farfelues dans l’univers rassurant d’un Brooklyn bien léché.
Le pitch ? Jeune romancier, Jonathan est sur le point de planter son 2nd roman et son couple. Il faut dire que le garçon touche un peu trop le vin blanc et l’herbe qui fait rigoler. A la recherche d’un job et d’expériences pour nourrir ses écrits et dépasser son désarroi conjugal, Jonathan s’improvise détective privé. Ses enquêtes franchement bouffonnes seront dès lors menées avec l’aide de deux amis aussi éloignés l’un de l’autre qu’un aigle peut l’être d’un paresseux : éditorialiste sur le déclin d’un magazine prestigieux, George est le prototype du vieux nanti, serial séducteur qui porte beau à l’approche de la soixantaine. Immature et colérique, Ray - Zach Galifianakis - dessine quant à lui un comics dont le héros possède comme superpouvoir une verge géante, catharsis d’un trentenaire puéril miné par de fréquentes crises d’impuissance ; père éprouvette d’un garçon élevé par un couple de lesbiennes, il s’épanouira enfin dans le lit de septuagénaires célibataires. Le plus banal reste le héros écrivain, un Jason Schwarzman dont les louables efforts parviennent tout juste à mettre en valeur la révélation de ces segments : Ted Danson. Parfaitement déjanté, inventif, lumineux, touchant parfois, Danson interprète un infatigable coucheur dénué de toute culpabilité et de tout moralisme, partageant avec ses deux acolytes une semblable immaturité, quand il ne leur vient pas en aide motivé par une loyauté sans faille.
Bien sûr, le prétexte hard boiled detective penche la série plutôt du côté du Woody Allen de Manhattan Murder Mystery que du Eastwood de Mystic River : Mêmes références arty, mêmes angoisses existentielles, même appréhension bobo de la vie, la fraîcheur liberal en plus. Ici, le trio passe son temps à fumer des joints, à parler de sexe, à courir après le temps avec une forme de nostalgie fébrile, le tout en menant des investigations plutôt minables et drôlatiques, flirtant avec l’absurde. Il faut passer l’écueil des deux premiers épisodes pour se laisser embarquer dans ce Brooklyn fantasque, où les trafiquants de chiens coexistent avec les fétichistes du costume en peluche. Ensuite opère le charme d’une amitié que tout menace et que rien ne brise. Hélas, HBO y a mis un terme, après 3 saisons de 8 épisodes. Voilà bien longtemps que la fin d’une série ne m’avait tant attristé.
mercredi 11 août 2010
Mad Men : le sexe c'est mal
Côté séries tv, j’ai du retard. Difficile d’y échapper ces dernières années : elles sont partout et tout le monde en parle. Avec parfois des trémolos dans la voix, un argumentaire ému qui semblent rejeter un certain cinéma hollywoodien dans le puits sans fond du clicheton.
Un phénomène culturel, quoi.
Afin de ne point passer pour un horrible sociopathe et voir un peu de quoi il retourne, j’ai donc décidé de me mettre au parfum. Un épisode par-ci par-là, un pilote de préférence.
Mad men : La vie d'une équipe de publicitaires au début des années 60.
La qualité d’écriture et la palette des thèmes sociaux abordés en 48mn avec brio a de quoi laisser sur les fesses n'importe quel romancier.
Impossible d'en dire autant du jeu de l’acteur principal. Mais je me suis laissé porter, plus qu’avec le pilote de Dr House - que j’ai trouvé sympathique, hein - interprété pourtant par un bien meilleur comédien.
La série tv, comme le rapporte l’excellent L’art des séries télé de Vincent Colonna, c’est de la radio filmée, peu ou prou. L’oralité prédomine, l’image passe au 2nd plan – c’est le cas de le dire – pour un tas de raisons dont celle du coût. Alors les dialogues comptent double. Ceux de Mad Men S1-O1* sont épatants.
Un excellent moment, donc. Du moins jusqu’aux deux ultimes scènes. Le dernier plan n’évite pas la célébration de la cellule familiale - cf ma note de blog sur La Route de Cormac McCarty. Du coup, j'ai ressassé la petite déception consécutive au comportement du méchant de service, une scène plus tôt : j’espérais qu’il sonnerait à la porte de la secrétaire pour lui présenter ses excuses ; après tout, il s’est comporté comme un goujat avec elle et les autres tout au long de la journée (c’est le méchant, on ne lui demande pas autre chose). Mais non. Il vient l’emballer, la secrétaire, la nuit de son enterrement de vie de garçon. Et si elle accepte sans résister, c’est bien à cause de son innocence proclamée. En fait, qu’on se le dise, le bad guy est porté sur le sexe – et forcément l’infidélité, puisque les deux semblent aller de pair à Hollywood TV. Le héros, lui, et malgré sa touchante ambiguïté, prend le temps d’aller biser ses petiots endormis avant de retrouver son épouse pour le câlin du soir. Si jamais on devait en douter, c’est le good guy, quoi.
Alors côté clichetons, ça commence mal. Je ne regarderai pas l'intégralité de la série pour me convaincre du contraire - mais peut-être que vous avez des éléments intéressants à m'apporter, je suis preneur.
« 24h » S1 m’avait fait horreur avec sa colonne de valeurs réacs (les méchantes sont lesbiennes, le jeune ravisseur fume du hachich ; il devra sa rédemption à l’abandon du joint vespéral, à la différence de son compagnon qui, de toute façon, carburait aux drogues dures et mérite donc la mort ; le seul homo masculin se prostitue à deux pas de l’aéroport dans une allée glauque. L'unique jeune héros noir a eu un comportement de délinquant compromettant la carrière politique de son père, etc. On passera sur la justification de la torture dans les saisons ultérieures)
Californication S1-01 réprouvait les fantasmes et l'activité sexuels d’un héros forcément immature.
Bon sang, j’exagère ou bien à la tv US, le sexe hors couple hétérosexuel marié c’est mal ?
Dans tous les cas, si les séries des 00's font preuve d'une nouveauté de traitement, d'une richesse narrative jamais vue sur nos petites boîtes on ne peut pas dire qu'elles véhiculent des valeurs modernes et progressistes.
Mais c'est la tv et, là-bas comme ici, il s'agit de vendre du temps de cerveau disponible. Et rien d'autre.
A suivre...
*s1-01 = saison 1, épisode 1
Un phénomène culturel, quoi.
Afin de ne point passer pour un horrible sociopathe et voir un peu de quoi il retourne, j’ai donc décidé de me mettre au parfum. Un épisode par-ci par-là, un pilote de préférence.
Mad men : La vie d'une équipe de publicitaires au début des années 60.
La qualité d’écriture et la palette des thèmes sociaux abordés en 48mn avec brio a de quoi laisser sur les fesses n'importe quel romancier.
Impossible d'en dire autant du jeu de l’acteur principal. Mais je me suis laissé porter, plus qu’avec le pilote de Dr House - que j’ai trouvé sympathique, hein - interprété pourtant par un bien meilleur comédien.
La série tv, comme le rapporte l’excellent L’art des séries télé de Vincent Colonna, c’est de la radio filmée, peu ou prou. L’oralité prédomine, l’image passe au 2nd plan – c’est le cas de le dire – pour un tas de raisons dont celle du coût. Alors les dialogues comptent double. Ceux de Mad Men S1-O1* sont épatants.
Un excellent moment, donc. Du moins jusqu’aux deux ultimes scènes. Le dernier plan n’évite pas la célébration de la cellule familiale - cf ma note de blog sur La Route de Cormac McCarty. Du coup, j'ai ressassé la petite déception consécutive au comportement du méchant de service, une scène plus tôt : j’espérais qu’il sonnerait à la porte de la secrétaire pour lui présenter ses excuses ; après tout, il s’est comporté comme un goujat avec elle et les autres tout au long de la journée (c’est le méchant, on ne lui demande pas autre chose). Mais non. Il vient l’emballer, la secrétaire, la nuit de son enterrement de vie de garçon. Et si elle accepte sans résister, c’est bien à cause de son innocence proclamée. En fait, qu’on se le dise, le bad guy est porté sur le sexe – et forcément l’infidélité, puisque les deux semblent aller de pair à Hollywood TV. Le héros, lui, et malgré sa touchante ambiguïté, prend le temps d’aller biser ses petiots endormis avant de retrouver son épouse pour le câlin du soir. Si jamais on devait en douter, c’est le good guy, quoi.
Alors côté clichetons, ça commence mal. Je ne regarderai pas l'intégralité de la série pour me convaincre du contraire - mais peut-être que vous avez des éléments intéressants à m'apporter, je suis preneur.
« 24h » S1 m’avait fait horreur avec sa colonne de valeurs réacs (les méchantes sont lesbiennes, le jeune ravisseur fume du hachich ; il devra sa rédemption à l’abandon du joint vespéral, à la différence de son compagnon qui, de toute façon, carburait aux drogues dures et mérite donc la mort ; le seul homo masculin se prostitue à deux pas de l’aéroport dans une allée glauque. L'unique jeune héros noir a eu un comportement de délinquant compromettant la carrière politique de son père, etc. On passera sur la justification de la torture dans les saisons ultérieures)
Californication S1-01 réprouvait les fantasmes et l'activité sexuels d’un héros forcément immature.
Bon sang, j’exagère ou bien à la tv US, le sexe hors couple hétérosexuel marié c’est mal ?
Dans tous les cas, si les séries des 00's font preuve d'une nouveauté de traitement, d'une richesse narrative jamais vue sur nos petites boîtes on ne peut pas dire qu'elles véhiculent des valeurs modernes et progressistes.
Mais c'est la tv et, là-bas comme ici, il s'agit de vendre du temps de cerveau disponible. Et rien d'autre.
A suivre...
*s1-01 = saison 1, épisode 1
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