mercredi 22 juin 2011

Sukkwan Island


C'est quoi, de qui, chez qui ?
Sukkwan Island, David Vann - Gallmeister.

De quoi ça parle ?
Un homme et son jeune fils en mode survie dans une nature aussi sauvage qu’hostile, outre-Atlantique. Et la tragédie à portée du canon, les pieds dans la cendre et la neige. La Route ? Non, bien mieux que ça : Sukkwann Island. Armé d’une langue sèche, narrative et qui pourtant ménage ses instants de grâce, David Van sait faire grimper la tension pour la résoudre avec la férocité d’un grizzly.
C’est son 1er roman et on se demande ce qu’il nous réserve pour la suite.
Là, on suffoque à la rencontre de cet homme dépressif qui s’installe avec son fiston sur un caillou désolé en plein Alaska : car le jeune protagoniste, celui dont le lecteur accompagne la trouille croissante, découvre jour après jour qu'il partage son cabanon avec un géniteur inconséquent, dépressif, instable. L’année sabbatique censée rapprocher les deux hommes ne mettra pas 24h à virer au cauchemar.
On s’enfonce dans cette angoisse comme l’improbable duo dans l’hiver. Ne comptez pas trop sur les éclaircies : ce roman bref a le bon goût d’éviter la mièvrerie qu’avait choisie Cormac McCarthy pour conclure sa Route grandiloquente.
Avec ce chef d’œuvre polaire David Vann vient de chausser ses raquettes et marche vers le Nobel.

C'est bien : J’ai achevé ce survival au milieu de la nuit et n’ai pas dormi. Le lendemain, je mettais pour la 1ère fois les pieds en prison.

C'est moins bien :
?

mercredi 15 juin 2011

Strasbourg


Un jeu avec des bretzels* dedans ?
Il est fait pour moi.
Sans conteste.

*si, si, regardez bien les tuiles au fond

Un week-end à la mer

Cette édition d’Etonnants voyageurs aura été exceptionnelle à au moins deux titres :
Pour la première fois, je figurais parmi les invités officiels du festival. Ce que ça change concrètement ? Pas grand chose, puisque mon éditeur m’y a toujours gâté, garantissant par exemple un trou de ceinture en moins, et que les libraires m’ont toujours accueilli à bras ouverts, une bière dans la main, un café dans l’autre. Certes, j’ai participé à des conférences –oui, j’ai bien sorti les bêtises prévues mais les spectateurs ont été assez bienveillants pour n'en rien dire. Mais j’interviens presque chaque année désormais, la fantasy étant peu à peu reconnue dans les allées et les cafés littéraire d’EV.
Rien de neuf donc.
Sauf que voilà, j’ai pris cette invitation pour un honneur, moi qui viens à ce festival depuis sa création. Une forme de reconnaissance pour un enfant du pays, quoi. Parce que je suis bêtement sentimental.

Du coup, le 2e point que j’aurai du mal à oublier : mon thriller, celui pour lequel j’étais en partie invité puisque l’excellente Christelle Capo-Chichi animait une table ronde autour de quatre romans noirs dont le mien, n’était pas disponible sur le salon. Rien, nibe, que dalle. La faute à qui ? Ne cherche pas à savoir, amigo. De toute façon il est trop tard. Mais je peux vous assurer que ça fait très mal aux fesses, a fortiori quand on vient vous demander après ladite table ronde à quel stand vous dédicacez votre thriller.

Sinon, c’était, hum, intéressant de constater combien la crise de la quarantaine est précoce parmi les plus si jeunes auteurs de fantasy. Des conversations où n’intervenait pas la moindre goutte d’alcool m’ont enseigné que la fuite à dos de dragon ne fonctionnait pas vraiment de ce côté-ci du monde. Si bien qu’il arrive un moment où l’urgence entre auteurs n’est plus tant de parler boulot-cambouis-avenir que de confier entre adultes combien cette roue-qui-tourne écrase bien plus que nos orteils. Ça serait déprimant si ça n’était pas si humain et, au final, émouvant. Bon, on connaît des romanciers qui se coltinent des soucis bien plus définitifs.

Enfin, j’étais plus que ravi de retrouver mes Bragelonniens à moi, plus les inénarrables Irma et Pierre Pelot, mais aussi de revoir Mathieu Gaborit après tant d’années, de mettre un visage sur le multo sympatico Corwïn, de comprendre que Jasper Fforde est un homme comme les autres, de causer dragons dans ce qui fut mon lycée il y a – mon Dieu, nooon ! – 30 ans. J’ai pris une leçon de com’ en écoutant/regardant David S.Khara, deux kilos à la table de restaurants formidables, une claque en constatant que Katia C. ne me reconnaît plus alors que nous fîmes notre 1er Etonnants Voyageurs ensemble, un frisson à contempler les nuées griffées de pluie depuis le 5e étage d’un restaurant.
De quoi rendre mélancolique le temps d'une saison.

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Cette fin de semaine, je serai à Cognac pour la remise du Prix Intramuros. Une rencontre avec des personnes détenues est prévue dans des centres du Poitou-Charentes. En ce qui me concerne une expérience hors du commun ; j’espère être à la hauteur des attentes de ces lecteurs qui ont sélectionné 6 romans pour n’en consacrer qu’un. Remise du prix prévue samedi soir. Si une distinction fait toujours plaisir, on se doute bien qu’en l’occurrence le plus important sera le moment passé avec ces amateurs de polar dont le quotidien est si différent du nôtre.

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Y a des moments comme ça : alors que je suis en train de lire une "news" sur Rocky IV, les enceintes du bar crachent un bon vieil Eye of the tiger. Intense.

mercredi 8 juin 2011

Etonnants Voyageurs

Étonnants Voyageurs, je remets ça le we prochain (du 11 au 13 juin).
Cette année toutefois, une particularité : je serai l'un des invités officiels de cette édition.
Quoi, je me la pète ?
Oui, oui, oui. Je biche et ne boude pas mon plaisir, croyez-moi. Ce festival énorme, installé dans une ville qui est ma première patrie, a enchanté nombre d'heures du visiteur que j'étais. Puis lorsque j'ai commencé à être publié il m'a permis de rencontrer de nouveaux lecteurs et, avouons-le, de rire, boire et manger en compagnie de mes copains écrivains, éditeurs et libraires. Avec ou sans soleil - et le plus souvent avec : c'est la Bretagne après tout.
Je participerai à deux conférences : l'une à 10h30, le dimanche ; il sera question de dragons (Maison de l'Imaginaire, intra-muros). L'autre, lundi à 15h45 (rotonde Surcouf) au sujet du thriller en général. Je tâcherai de ne pas tenir de propos définitifs. Et d'écouter mes confrères. En fait, je tâcherai de ne pas être sérieux du tout.
Je serai accompagné de Magalie Ségura et de Pierre Pevel et l'excellentissime librairie Critic accueillera nos séances de dédicaces. Tout près, et sûrement de passage sur le stand : Mathieu Gaborit, Fabrice Colin, Laurent Genefort. Tous trois ont publié chez Bragelonne, s'agirait pas de l'oublier, hein, chers lecteurs.

[edit : je viens d'apprendre que l'ami Pevel ne pourra venir : une angine a pris sur elle de décevoir les fans de l'ami Pierre en le gardant au lit. Te laisse pas faire, Pierre !]

En ce qui me concerne, cette année, sur le stand une nouveauté-qui-n'en-est-pas-une-mais-si-tout-de-même : publication de l'intégrale de ma trilogie Elamia. Trois romans en un seul tome et une nouvelle couverture signée Stephan Martinière, Anne-Claire Payet, Fabrice Borio - et je crois même que David Ogia y a mis son grain de sel.

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La Légende de Gösta Berling




Voilà un livre étincelant comme une gelée hivernale sous le soleil. Le 1er roman de Selma Lagerlöf est l'écrin d'une ronde de contes dont le fantasque Gösta Berling serait le danseur le plus aimable et le plus romantique. Autant vous dire qu'on s'émerveille d'une telle gaité où pourtant ne manquent jamais de briller quelques pépites noires.

vendredi 27 mai 2011

The Birds


"Les oiseaux sont les gardiens de nos secrets".
Bon, sauf les pigeons, hein.

jeudi 26 mai 2011



Shoegazing et magie noire, les Cocteau Twins jouaient du Ouija comme personne. On pourrait presque entendre le pied du guéridon grincer sur le parquet d'une villa de Guernesey. Parfait pour composer une scène de sorcellerie comme celle que j'écris aujourd'hui.

mardi 24 mai 2011

Un zombie dans mon salon




On occupe son lundi comme on peut. Pour moi, ce fut médecine chez le rabbin.
Faut dire que la nuit avait été bien remplie : depuis que je m’étais cogné le talon quelques heures plus tôt sur un trottoir parisien je me sentais un poil nauséeux.
Donc, la nuit.
Je me lève avec l’idée vague d’aller vomir. Me voilà au milieu du salon – les salons c’est sympa pour rendre un bon coup, j’imagine. Las : brusquement enveloppé d’un sinistre voile gris, je comprends que mon expédition n'ira pas bien loin.
Donc, le sol.
En un ultime sursaut d’intelligence (?) je décide de m’agenouiller. Ça ne sent pas trop l’héroïsme tout ça, je sais ; mais bon, si vous êtes déjà tombé de votre hauteur avec pour seule protection votre tête et une mince couche de derme vous savez de quoi je parle. À genoux. Je tente le coup avant d’être happé par l’inconscience.


Une éternité plus tard, je suis d'aplomb. Un voile gris, le même, épais. Flotter entre deux eaux, des eaux de poisse dont on aurait ôté toute couleur. Et une voix, là-bas, paniquée. :« Erik. Erik, réveille-toi. Erik, ERIK ! » C’est ma Douce. Malgré mon hébétude je comprends qu’elle est toute proche, de l’autre côté du miroir.
Je suis debout et elle me secoue. Elle me secoue et je lutte pour briser cette gangue. Je lutte et je lutte encore, j’ai l’impression tranchante comme le fil d’une lame que je vais mourir, si je ne sors pas de là je vais m’éteindre et elle aurait beau m’appeler, me secouer, me crier dessus ma Douce, j’y serai indéfiniment, ce sera la fin de toutes choses.


J’ai déjà fait ce cauchemar, trois ou quatre fois. Je suis conscient, mon environnement est réduit à ce que mes membres, mes sens paralysés me laissent en mesurer. Je pourrais être piégé dans l’étage oublié d’un immeuble en démolition. Et je sais que je dois m’éveiller vite, très vite avant de disparaître dans les décombres.
Mais ce n’est pas un cauchemar, non : cette fois j’y suis et jusqu’au cou. Si je veux quitter ce palier perdu entre deux mondes et dont un seul est accueillant, il faudra se battre.


Les couleurs m’enflamment enfin. Raide comme une statut, je n'ai pas quitté le salon, ma Douce me secoue et je suis là, un haut-le-cœur me soulève et je la supplie de me laisser m’asseoir. La sueur, la nausée très forte, les tremblements, les pleurs partagés. Je m’affale sur le canapé pour écouter la description toujours assez effrayante d’un homme trouvé à terre, émettant un long et puissant râle à réveiller le voisinage, son soudain sursaut, son regard vague et la crise de tétanie, son indifférence aux appels.

Un zombie dans le salon.


Dès lors notre nuit ne ressemblera plus à rien. Parfois vaincu par un sommeil tapissé de rêves glutineux, je m’éveillerai tous les quarts d’heure avec la trouille de retrouver cet étage inconnu de tous et dont les rares locataires sont promis à l’ensevelissement. Ma Douce me veillera et guettera les signes d’une rechute, hantée par la violence de l’expérience.


Le lendemain, visite chez le docteur. Mon pied n’est plus si douloureux, il n'a pas vilaine allure et la nausée, elle, persiste. Allez comprendre. Ce médecin, je ne le connais pas. On l'a choisi pour sa proximité. Téléphone à l'oreille il ouvre sa porte. Grande barbe blanche, parfaitement taillée : il pourrait sortir d’un fan club de ZZ-Top ou de la synagogue. Ce sera cette dernière option.
Un deux-pièces garni de poussière et de miettes, de livres en hébreu, de portraits de famille. Un lutrin jouxte une boîte à chapeau loubavitch. Avec ses vieux coussins de velours et la soie de son drap fleuri, la table d’auscultation tient du divan d’analyse. Seul un miracle maintient en place la tringle à rideaux victime d’une tempête intérieure. Du ruban adhésif imprimé colmate la fenêtre : « À détruire, À détruire, À détruire... » ; on se prend à souhaiter qu’il ne s’agit pas du patient. Une petite prière s’impose, on se dit qu’au moins elle sera, sinon entendue, du moins relayée.
Le rabbin est un homme doux. Il ne m’écoute pas, bien, sûr, mais quel médecin écoute vraiment ses patients ? Mon évanouissement de la nuit puis mon malaise sur le fauteuil de son cabinet l’étonnent car rien dans son examen de mon pied ne viennent les étayer. « Je crois que vous n'avez rien. » Ma tension est bonne, j’ai le pouls lent. C’est un homme de foi, c’est un homme de science : il me conseille de ne plus me déplacer sans avoir avalé un café sucré. « Il faudra tout de même faire une radio et un bilan sanguin. »


Heureusement que je ne sens plus grand-chose : à la manière dont s’y prend l’infirmière pour positionner le membre sous le faisceau radioactif j’aurais pu tomber dix fois dans les pommes. Le radiologue conclut : aucune fracture, pas la moindre fêlure visible. Rien, nibe, que dalle. Sans doute une élongation ligamentaire explique-t-elle la douleur. Le médecin était dans le vrai. Bon, moi je me serais bien passé de ces visites, hein : je suis hypocondriaque mais je n’ai rien pour les visites médicales. Des fois qu’on me trouverait des trucs graves…
Moralité : dans le genre petits maux, grands effets, je suis rentable. Autant dire que pour le trekking au Népal, je ne suis pas tout à fait au point. Ça tombe bien, le Népal je m’en fous un peu.

mercredi 18 mai 2011

Le lundi au soleil



Écrire sous un ciel d’un bleu absolu, face à la ligne d’or que tend l’horizon au-dessus de la Méditerranée scarifiée de blanc. Ecrire au paradis.
Écrire et trouver son travail excellent un jour, exécrable le lendemain. Un intermédiaire ? Vous plaisantez. De toute façon, tout le monde s'accorde à dire que la médiocrité, c'est nul.
Je dirais que ma propension à tout exagérer expliquerait à elle seule ces extrémités si je n’avais entendu d’autres écrivains partager un même témoignage. Humeur du jour : exécration.
Vivement demain…

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Ah oui, je suis en vacances. Les affaires ne s'arrêtent jamais vraiment. Si ça ne tenait qu'à moi, je resterais ici quelques mois de plus. Tant de choses m'échappent... Je rentre donc bientôt. Trop tôt ? Que oui.

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Je ne sais pas si j'ai bien écrit aujourd'hui. Mais une chose est sûre : j'ai bien mangé. Pensez donc : poivrons jaune et rouge, oignon blanc, ail, champignons, bœuf et saucisses artisanales, le tout cuit à la plancha - oui, bon, d'accord sur une Pierrade - et face à ce numéro bien aguicheur que nous jouait la lune au-dessus de la mer.
Pour accompagner ce délice rustique qui chauffait nos joues déjà recuite de soleil ? Du rosé, cong'. Comme on est en Provence, je me fais fort de goûter à tous les cabernets d'Anjou qui me tombent sous la main. J'en vois un qui bougonne et récrimine, au fond de la salle. Écoute-moi bien, l'ami : l'exotisme et l'évasion, ça se vit à chaque minute. Et puis il y a ce Roche-Mazet, un cabernet-sauvignon de quelque-part-où-il-fait-chaud-mais-c'est-pas-la-Provence. Un breuvage assez fou qui vous donne le sentiment libératoire de mâcher une timbale de fruits rouges à pleines dents. Pas forcément ce qu'on exige d'un vin de qualité mais au moins, je suis au taquet pour la consigne "5 fruits et légumes par jour". Le mini-Magnum choc blanc du dessert n'entrait pas tout à fait dans ce programme "savourons nos terroirs" ; toutefois vous devez le savoir depuis le temps : je suis un rebelle.

J'allais oublier : Abba, Lady Gaga et Katy Perry s'accordent formidablement au rosé quel qu'il soit. Il suffit de se fermer aux idées reçues et de croire à un truc aussi dingue que, je ne sais pas, une victoire de la Gauche en 2012. Essayez, vous verrez.
Et encore ceci : c'était ma fête, aujourd'hui. La saint Erik. Ne faites pas les malins, vous l'avez tous manquée sauf ma sœur. Ben oui, il y en a bel et bien eu un, de saint Erik. Un roi Viking, un héros, un couillu. Informé de l'arrivée imminente de ses ennemis aux porte de la ville, Erik-le-Magnifique décida que pour rien au monde il ne manquerait une minute de la messe. Fort bien Majesté, faites donc comme bon vous semble. Les Méchants le cueillirent donc sur le parvis de l'église, après l'office. Une décollation en bonne et due forme. Soit il était un poil trop sûr de lui le Viking, soit le banc était trop chaud pour vouloir mouliner de l'épée, les pieds dans la neige. Soit, et c'est à mon avis l'hypothèse la plus plausible, le prêtre avait vendu dans son homélie la supériorité de l'Au-delà sur nos vanités séculaires. Vous pensez donc si je suis fier de porter ce prénom, moi.

Oh, et puis il est temps d'aller au lit, tiens.

mercredi 11 mai 2011

Elbow : on the shoulders of giants




Débuter une chronique en se la jouant un peu : "Build a rocket Boys !" met Elbow sur orbite.
Ou aller à l'essentiel : l'album que je vais écouter en boucle jusqu'à l'été et au-delà.

La voix et les lyrics de Guy Garvey, la production de Craig Potter - claviériste du combo - les orchestrations du quintet et, last but not least, les mélodies... on trouvera dans ce nouvel album assez de grâce, d'inspiration, de nostalgie et d'assurance pour affronter les déceptions d'un semestre ingrat. Les garçons, vous avez illuminé ma journée.
Vivement demain...