lundi 19 novembre 2012

Frankenweenie - Tim Burton


Avec The nightmare before Christmas, Burton avait placé la barre très haut. Tant l’univers (Burton), que le scénario (Mc Dowell et Thompson), l’animation (Selick)  et la musique (Elfman) concouraient à la magie immarcescible de mon « film pour enfants » préféré. D’aucuns ont à l’époque avancé que Selick, réalisateur de l’opus, y était pour beaucoup, ce qu’a vite démenti quelques années plus tard son pâlichon James et la pêche magique.
12 ans après, Burton + Elfman remettaient le couvert : Les Noces funèbres promettaient un même enchantement. Las, malgré l’exubérance polychrome, l’humeur gothique et les chansons bien troussées, pas la moindre fulgurance n’élevait cette 2e aventure de Burton dans le monde du long métrage d’animation en volume.
Troisième incursion, le projet Frankenweenie abandonne tant la couleur que la comédie musicale et revient vers le monde des banlieues stéréotypées à la Spielberg. Alors, qu’attendre d’un réalisateur qui déclenche désormais plus souvent l’ennui que l’émerveillement ?
À peu près tout, et c’est tant mieux tant le film est une réussite.
Inscrire le gothique dans le lotissement 60’s est un contrat que Burton a déjà brillamment rempli avec Edward aux mains d’argent. Ici, il revisite cette arrière-boutique de son talent singulier avec le plaisir d’un jeune premier et l’expertise d’un maître. A New Holland, petite ville trop souvent frappée par la foudre pour ne pas abriter une population d’ados aux penchants pour le macabre, il se passe de drôles de choses et les valeurs y sont vite inversées. Les emos sont les normaux et Barbie une pythie. La concomitance d’un concours scientifiques à destination des lycéens, du décès d’un chien adoré et de la fête communale va porter ces singularités vers un climax d’épouvante.
Avec clin d’œil appuyé vers la sous-culture d’un certain cinéma d’horreur.
Bien sûr, l’éloge de « la différence vécue au cœur de la communauté » si cher à Hollywood, cette machine à niveler la culture, marque tout le récit. Mais Burton – lui-même un cas d’école, tant il est parvenu à inscrire son imaginaire à la Gorey dans la roseraie Disney  – et son scénariste empruntent assez de chemins de traverse pour faire passer la pilule au plus rétif – moi en l’occurrence.
Comme une blague adolescente, le récit ne recule devant aucune outrance. Que les crottes d’un chat persan servent de véhicule pour lire l’avenir ou qu’un cochon d’inde soit inhumé au fond d’un immense mausolée font partie du quotidien des gosses de New Holland. Un prof de sciences tente d’édifier ses élèves grâce à l’effrayante description de phénomènes météorologiques ? Sa classe a bien pire à lui raconter, et elle ne s’en privera d’ailleurs pas. Un peu dérangés, tous ces mômes s’avancent, d’une expérience à l’autre, vers le final à l’apocalypse jouissive et assumée.
Molle dans le premier tiers  – après tout c’est du Burton – la mise en scène accumule les morceaux de bravoure. Quant à la photographie de Peter Sorg, elle alterne le plein soleil d’une sorte de Californie magnifiée aux ombres expressionnistes de son climat capricieux : un noir et blanc qui donne des couleurs à l’intrigue.    
Même la fin, qui m’a fait un instant craindre le pire – la promesse d’un retour à la normal, le happy end démago, la leçon du héros bien apprise avec bonus de maturité  – balaie le clicheton : ceux qui ont le plus à apprendre de cette histoire sont les adultes. 
Si je ne suis pas certain d’approuver, je veux bien participer aux travaux de la classe, tant ils sont aussi excitants que brillants.Petits bémols sur le personnage principal, assez falot et sur la musique de Dany Elfman, d’où n’émerge aucun thème, alors que le récit et son traitement s’y prêtaient si bien.

0 commentaires: