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vendredi 24 janvier 2014

Ekhö - Arleston, Barbucci, Lebreton




Cette fois c'est Barbucci qui s'y colle : le génial dessinateur de Sky Doll adapte son trait tout en courbes dynamiques aux histoires fantasques et à la grivoiserie potache d'Arleston. 

Mondes parallèles – une métropole par album – créatures métamorphes – des rongeurs se transformant en monstres féroces sous le coup de l'émotion – héroïne bimbo et pleine de (mauvais) caractère, anti-héros tout en muscles et lunettes, fantômes... l'ensemble soumis au régime steam-punk dans une profusion de détails et de couleurs signées Nolwen Lebreton. Ne vous attendez à rien d'autre qu'une aventure un brin foutraque, drôle si l'on a conservé une âme ado et un peu geek - d'après vous c'est quoi un biniou, dans un monde à l'envers ?

Si le tome 2 conclut l'une des intrigues, le récit principal est loin d'être épuisé. On est chez Soleil, après tout, un monde - parallèle ou en série, j'hésite - où même les fins annoncées sont repoussées, d'album en album, le succès aidant. Souhaitons à Fourmille et Yuri une même réussite : je suis prêt à en prendre plein les yeux pour une poignée d'opus supplémentaires.

mardi 15 janvier 2013

Wanted - Timur Bekmambetov

Photo : dr

De quoi ça parle ?
Un jeune comptable, prisonnier de sa routine dans un open space de New York, apprend soudain être le fils de l'un des tueurs les plus efficaces ayant jamais existé. L'homme, qui n'a jamais élevé son minot, vient d'être assassiné par un sombre ennemi. L'heure est venue pour le jeune Wesley d'intégrer la Confrérie des assassins et retrouver avec leur aide le meurtrier de son daddy inconnu. En somme, affronter son destin. Youhou, ça va saigner.

C'est comment ?
Film d'action plutôt sanglant d'un réalisateur kazakh, maniant l'humour et une violence très graphique, Wanted (2008) est adapté d'un comics. Adaptation plutôt libre : si les prémices sont les mêmes, le film s'éloigne assez vite de l'univers de la bédé. Oubliés les super-héros - enfin, super-villains plutôt -  aux pouvoir surnaturels, exit les univers parallèles, abandonné l'esprit tordu. Ici, l'assassinat est toujours justifié là où la subversion faisait office de wasabi intellectuel. La verve irrévérencieuse du comic écrit par Mark Millar  et dessiné par JL Jones est réduite au vocabulaire grossier, à l'enchaînement de courses poursuites et d'un apprentissage très viril, et à un final en forme de twist sympathique. Pour un peu, il ne reste des deux auteurs que leur nom, placé en clin d'oeil sur l'espace de travail mitoyen du héros, à la fin du métrage. 

James McAvoy est plutôt convaincant, Angelina Jolie fait dans le monolithique, Morgan Freeman en impose toujours mais sans plus et on regrette que Terence Stamp ne joue que les guest-star, le temps de deux scènes trop brèves. 

Récit d'une initiation réglée en six semaines et histoire d'une douloureuse filiation Wanted est un divertissement faussement décalé. Au moins on s'y amuse, pour peu qu'on aime les fusillades à-la-Matrix et les acrobaties automobiles. 

mercredi 2 janvier 2013

L’homme qui marche – Jirô Taniguchi




Dans cette bédé avare de texte, Taniguchi livre une ode aux bonheurs simples : ceux de la promenade sans but, de l’ébahissement permanent, de l’enthousiasme comme philosophie sociale, des petites libertés prises avec les règlements… 
Son homme qui marche pourrait être n’importe lequel d’entre nous, pourvu qu’il habite en ville et soit doté d’un peu de temps devant lui – chômeur ? Une manière séduisante d’être au monde dont le trait un peu raide de Taniguchi et les décors périurbains peinent parfois à rendre compte. 

Le Journal de mon père - Jirô Taniguchi




De quoi ça parle ?
De retour dans sa ville natale pour les obsèques de son père, Yoichi se remémore son enfance. Dans ce récit intimiste, Taniguchi nous restitue toute la profondeur des sentiments et des émotions d’un homme qui plonge dans ses souvenirs (description de l'éditeur).

C’est comment ?
Né en 1947, l’auteur japonais publie cette fiction en 1995. Le déclic ? Une visite dans sa ville natale de Tottori - elle sert de décor ici. Pour autant, le récit qui alterne les souvenirs et les heures passés à boire du saké lors de la veillée funèbre ne sont pas autobiographiques.  Il s’agit plutôt de « penser aux sentiments que [lui] avait alors inspirés ce retour après des années d’absence et de vie à Tokyo ».

Au-delà d’une part de nostalgie, ce « Journal » décrit tout d’abord le délitement d’un couple, conséquence indirecte du grand incendie qui a frappé cette ville de province en 1952. La maison de famille y sera détruite et le père de Yoichi, patron d'un salon de coiffure et d’origine modeste,  s’abrutira de travail pour rembourser la dette qu’il contracte aussitôt auprès de son beau-père, un nanti. L’éloignement sera bien vite consommé entre le mari, orgueilleux et taiseux, et la femme, fragile et frivole. Au point que cette dernière abandonnera ses deux enfants pour vivre mieux, ailleurs. La blessure de l’abandon ne peut être cicatrisée pour Yoichi. Le responsable de ce désastre affectif ? Son père, bien sûr. N’a-t-il pas concentré toute son énergie dans son boulot, jour après jour, dimanches compris ? Délaissant épouse et enfants au nom d’un code de l’honneur qui confine à l’égoïsme?

Dès qu’il en aura l’occasion, Yoichi quittera Tottori pour ne plus jamais revenir, ou presque. Il deviendra photographe, un métier qui fixe le temps et les souvenirs, ceux-là mêmes que le petit garçon hypersensible réinventera pourtant à son bénéfice, avec cette sorte de mauvaise foi que dicte l’inconscient lorsqu’il s’agit de sauver son âme, voire sa santé mentale – toujours l’abandon de la mère, la retenue du père.
Mais Yoichi n’a-t-il pas accablé son père de tous les maux, pour mieux préserver la mémoire de sa mère et justifier son inexcusable départ ?

Le « Journal de mon père » est tout autant le récit d’une rédemption, en l’occurrence celle du défunt père dans le cœur de son fils blessé. Mieux vaut tard que jamais. Car les témoins de la veillée sont aussi ceux qui, adultes à l’âge où l’orphelin n’était qu’un enfant, détiennent une part de vérité moins partiale, moins cruelle. Ainsi écoute-t-il, ente deux gobelets de saké, les commentaires de son oncle, un bon vivant qui s’est jusqu’au bout évertué de sauver les meubles de cette famille aux abois, médiateur bourru et sincère entre un homme trop pudique – le père – et une femme trop exigeante – la mère. Des commentaires qui, l’alcool aidant et à deux pas du cercueil, prendront la saveur amère de reproches. 


L’histoire d’une enfance douloureuse, où brillent cependant quelques éclats de bonheur, sera ainsi réécrite le temps d’une veillée funèbre. Une vérité moins manichéenne et qui offrira à l’enfant prodigue une réconciliation avec sa propre mémoire et entamera la dissolution de ce lent poison qu’est le ressentiment.


On a découvert Taniguchi en France avec Quartier Lointain, postérieur à cet opus et nouvelle variation, teintée de surnaturel cette fois, de la perte, voire de l’abandon. Je la préfère à ce Journal où la culpabilité filiale, dénoncée véhémentement par l’oncle, m’a semblé injuste. Il y manque aussi une légèreté, une fantaisie que le retour dans le passé bien réel de Quartier Lointain a permise, œuvre majeure que j’aurais sans doute l’occasion de commenter ici-même dans quelques temps. D’ailleurs, Taniguchi doutait de lui à l’époque, comme il s’en ouvre dans la postface : 
« [..] je ne suis pas sûr que le moyen d’expression que j’ai choisi, la BD, soit en mesure de rendre parfaitement le drame intérieur extrêmement abstrait qui fait l’essence de ce récit »

mardi 4 décembre 2012

Synchrone - Tome 1 : trauma




De quoi ça parle ?
La balle qui a tué la femme de Ian Mallory a également plongé ce dernier dans le coma. Trois ans plus tard, il se réveille, atteint d'une étrange pathologie : il vit ses émotions en différé. (Description de l'éditeur) 
De quoi donner des idées à certains... Car si cette froideur provisoire fait du héros un "cynique de quelques heures" - le temps que sa conscience prenne la mesure morale des événements affrontés - elle lui accorde aussi l'attention de personnages nettement plus intéressés. 

C'est comment ?
Sur ce pitch, Vincent Delmas construit une intrigue pleine de promesses, avec double vie inside et petits meurtres en famille. Difficile d'en dire plus, sinon à déflorer l'intérêt de ce premier tome. A ce propos, faites-moi plaisir : ne lisez pas le résumé au dos de l'ouvrage. Il raconte à peu près tout ce qu'il y a à savoir de l'épisode. C'est-y pas crétin....
Depuis le mobile de l'attentat dont a été victime son épouse jusqu'aux motivations de ses ex-employeurs, Mallory, aujourd'hui auteur de thriller - ouah, trop fort la mise en abyme -,  va devoir résoudre un sacré paquet de noeuds. Sans y laisser des plumes ? Sûrement pas !
Un thriller assez violent et très réussi, même si je ne suis pas fan du trait de Riccardo Crosa. Plus qu'à espérer que la série ne sera pas étirée en what-mille tomes. 

C'est au Lombard et le T2 est dispo.

dimanche 25 novembre 2012

Texas Cowboys - Bonhomme et Trondheim






Boston, après la guerre civile. Un tout jeune journaliste se voit par hasard confier un reportage dans le Texas le plus sauvage, le Hell’s half acre d’un bled nommé Fortworth.
Oubliant les règles les plus élémentaires de l’objectivité, le garçon va se livrer corps et âme à ce wild west impitoyable. Quitte à prendre part à ses syndromes les plus criminels et jeter hors de selle l’innocence dont ses bagages étaient remplis.
Voilà une bédé montée comme un scénario de Tarantino*, qui trouve le moyen d’être un récit d’initiation, l’histoire d’une double vengeance, un portrait de groupe et une énigme. 
Sûr, c’est du western tendance pulp, où, en cinq ou six cases par page, un dessin sobre et aux à-plats de couleurs tranchés réinventent un monde aussi brutal que surexploité par la culture populaire. Mais les jeux de narration, où des fils se croisent et s’éloignent jusqu’à enfin faire sens, bousculent le lecteur le long de neuf chapitres fleurant la poudre, la boue, la peur des condamnés – et les clins d’œil au genre.
Des protagonistes convaincants, moins manichéens qu’aux prises avec l’instinct de survie et l’espoir d’une vie meilleure façon rêve américain, coexistent le moins pacifiquement possible.
Reste à deviner qui du scribouillard pied-tendre, de la joueuse de poker psychotique, de l’apprenti shaman ou du braqueur de banque, tirera ses marrons du feu pour se bâtir une place au soleil… de Boston.
Une 2e aventure est prévue, vous pouvez compter sur moi pour la lire.

*Le scénariste racontait dans une préface à Reservoir Dogs avoir employé les ressources plus singulières du roman, pour casser la stricte linéarité du récit et dynamiser ses films.  

lundi 18 avril 2011

Black Summer


Comme super héros défenseur de l’Amérique, on a vu mieux : John Horus vient d’assassiner le Président des US. Ce membre éminent d’une équipe de 7 armes humaines à la solde des Services Secrets et bardée de superpouvoirs a-t-il pété les plombs ou règle-t-il les comptes d’une société écœurée par le double-langage de ses dirigeants, les dérives d’un Occident à l’agonie et aveuglé par les lumières factices de la Démocratie ?
Watchmen light, cette épopée sanglante met en scène, le temps d’une unique intrigue, une team disparate composée de râleuses et de grognons, de superhéros fatigués, lâchés par leur hiérarchie mais toujours aussi dangereux. Warren Ellis signe un scénario nerveux, ambigu, tandis que Juan Jose Ryp donne à ses cases un fourmillement de détails qui rappelle fortement Geof Darrow.
Une belle éditions française de mes copains de Milady Graphics.
(image : DR)

mardi 19 janvier 2010

Des Dragons sous le Soleil ?

Adrien Floch est un jeune illustrateur avec du talent plein la tête, plein les doigts. Les Naufragés d’Ythaq, c’est lui, avec Arleston au scénar. Le style? Du semi-réalisme, sans doute le traitement que je préfère en bédé. A mi chemin entre le Petit Spirou et XIII, pour faire simple.

Quand mon éditeur m’appelle pour me dire, en septembre dernier, que Floch a lu Les Dragons de la cité rouge et qu’il aimerait en dessiner l’adaptation en bédé je fais comme qui dirait un grand sourire.

Mais bien entendu, il s'agit juste d'un projet et comme me l'explique mon mien d’éditeur, des projets d'adaptation il y en a mille par an et un seul se monte vraiment.

Mais bon, ça ne coûte rien de prendre contact, hein.

Alors, très vite Adrien nous envoie une planche. Comme ça, pour voir.

Mon grand sourire prend quelques centimètres de plus.

Nom de Dieu.

Arkan le dragon déployant ses ailes à deux pas d’un Alec hiératique et buriné tout comme il faut.

Bon, ne nous emballons pas.

Mon éditeur m’avertit de nouveau : pas mal d’obstacles se dresseront sans doute avant une éventuelle signature aussi hypothétique que lointaine.

Puis Adrien et moi nous appelons Là, je fais connaissance avec un garçon sympa, la tête sur les épaules et qui m’explique les raisons de son choix. Mes chevilles prennent quelques centimètres supplémentaires et je lui retourne les compliments. Avec d’autant plus de sincérité que j’ai reçu entre temps une nouvelle planche.

Nom de Dieu.

Bon, si l’affaire devait se monter je ne signerais pas à proprement parler le scénario-découpage. Mais très vite, au téléphone, Adrien et moi on comprend qu’on est sur la même longueur d’onde : ce qui nous a plu à l’un et l’autre dans ce roman, eh bien c’est pile poil la même chose - ok, il s’agit de mon bouquin et il a plutôt intérêt à me plaire, d’accord, d’accord. N’empêche, ça fait du bien d'entendre qu'un type dont vous admirez le travail saisit parfaitement ce que vous avez cherché à partager avec le vôtre.

Certes, il reste pas mal d’obstacles, souligne mon éditeur qui toutefois et dès lors commence à sérieusement étudier les conditions d’une adaptation.

Parce qu’on ne sait jamais, quand même, hein.

Puis nous nous rencontrons à Paris, Adrien sort quelques planches de son carton, je m’efforce de ne pas baver sur ses encrages, nous discutons, le jeune homme est plus que sympa, il est absolument charmant ce qui, vous en conviendrez, ne gâche rien. Bien au contraire.

Je lui fais alors part des obstacles précités. « Eh bien il semble que tout soit arrangé ». Car Soleil est plus que super partant pour se lancer dans cette aventure au long cours.

Soleil + Floch.

Nom de Dieu.

Ça va s’arrêter, c’est un rêve, pincez-moi, mais PINCEZ-MOI avant que je commence à vraiment y croire tout plein de complètement.

Alors de nouvelles planches arrivent chez moi, Alec, mon– nôtre – héros, évolue à mesure qu’Adrien cerne ce qu’il veut faire passer. Il y a des détails jusque dans les coins, du dynamisme qui déborde de partout, des effets de perspectives que-même-je-suis-encore-par-terre-au-pied-de-ma-chaise-à-essayer-de-commencer-à-tenter-d’imaginer-comprendre-comment Adrien s’y est pris.

Nom de Dieu – et encore je me censure. Ça va s’arrêter.

Mais non.

Les mois ont passé depuis notre rencontre de cet automne, Adrien a repris son travail sur le prochain tome d’Ythaq, tout en avançant – c’est inhumain, je sais – sur l’adaptation des Dragons de la Cité rouge.

Ma boîte mail se remplit de temps en temps d’une nouvelle planche ou de modifications sur les précédentes. Et chaque fois cette impression de recevoir un cadeau de Noël comme j’en rêve depuis que … eh bien depuis que j’ai découvert ce qu'est la bande dessinée dans les Album Spirou de mon père, depuis l’époque où mon pote Olivier Delcroix et moi on s’escrimait sur nos premières planches super-héroïques en CM2, depuis les bulles de SF écrites avec mon pote Bruno Foligné.

Bref, tout ça pour vous annoncer officiellement, Tadaaa ! avec un rang entier de cuivres bien lustrés, la signature d’une adaptation des Dragons de la Cité Rouge par Adrien Floch, aux éditions Soleil.

Quatre tomes sont prévus. La date ? Pas avant la fin de l’année. Ne vous en faites pas, ça va venir vite…

Stay tuned.