J'en parlais tout récemment. Olafur Arnalds, jeune prodige multi-instrumentiste - difficile de l'imaginer derrière une batterie fracassant les toms sur du metal et pourtant, il semble bien qu'il ait commencé là avant d'être signé par une maison de disque qui avait apprécié ses intros et outrosséraphiques et ambient composés pour un groupe de rock.
Ici, il fait jouer mère et sœur.
jeudi 6 février 2014
lundi 27 janvier 2014
Le Prisonnier du ciel - Carlos Ruiz Zafon - traduction de François Maspero
Zafon
poursuit sa description historico-fantastique de Barcelone avec cet ouvrage où
l'on retrouve à la fois le narrateur du Vent de l'ombre et celui du
Jeu de l'ange. Et plus encore... Deux protagonistes prennent la parole : le jeune
libraire Daniel Sempere et son ami, clochard magnifique sauvé de la
rue et de la vindicte policière, Fermin Romero de Torres. Car ce
dernier porte un lourd secret, lequel donne un sens très particulier
à sa rencontre sans doute pas si fortuite que cela avec le jeune
héros du Vent de l'ombre.
Pour dénouer
l'énigme de cette histoire, il lui faudra donc puiser dans le
souvenir de ces mois entre parenthèses passés dans les geôles de
l'ignoble Montjuic. Un lieu de souffrances et d'abus où il fit jadis
la connaissance d'un détenu bien connu des lecteurs de Zafon, son
personnage le plus tourmenté – je vous laisse découvrir lequel.
Le récit
est ici franchement plus court, moins foisonnant que lors des deux
précédents romans. Moins passionnant aussi. On y retrouve pourtant
les mêmes ingrédients : la cité gothique à souhait, le rôle
prégnant de la littérature sur une galerie de personnages veules,
excessifs, téméraires ou sadiques, les violences
politico-policières, l'emphase parfois désuète du style, les énigmes ancrées dans le passé et qui
condamnent le présent au feu des non-dits, des remords et du
ressentiment.
Quant à la
romance, elle a à peu près déserté les cieux toujours fuligineux
de Zafon : le mariage de Daniel est certes un peu malmené le
temps de quelques pages, les noces de Fermin incertaines durant une
poignée de chapitre mais c'est tout. Pourquoi pas ? Je n'ai
rien contre un peu de changement, bien au contraire.
Le vrai
héros de cet opus est sans conteste Fermin. Son ubiquité à travers
le récit permet au romancier de laisser libre court à sa faconde
superbe, entre grossièreté et lyrisme, scatologie et leçons de
morale, le tout enveloppé dans le cynisme. Un pur régal que rend avec une belle invention François Maspero, le traducteur.
Au final, l'ensemble m'a donné à la fois le sentiment d'une redite au souffle
court et d'une plaisante excursion en compagnie de compagnons aimés.
Une balade sombre – Montjuic – et drolatique – le mariage de Fermin
– dont on aurait tout de même tort de se priver au prix d'une édition poche.
Libellés :
le prisonnier du ciel,
le vent de l'ombre,
lectures,
Zafon
vendredi 24 janvier 2014
Ekhö - Arleston, Barbucci, Lebreton
Cette fois
c'est Barbucci qui s'y colle : le génial dessinateur de Sky
Doll adapte son trait tout en courbes dynamiques aux histoires
fantasques et à la grivoiserie potache d'Arleston.
Mondes parallèles
– une métropole par album – créatures métamorphes – des
rongeurs se transformant en monstres féroces sous le coup de
l'émotion – héroïne bimbo et pleine de (mauvais) caractère,
anti-héros tout en muscles et lunettes, fantômes... l'ensemble
soumis au régime steam-punk dans une profusion de détails et de
couleurs signées Nolwen Lebreton. Ne vous attendez à rien d'autre qu'une aventure un brin foutraque, drôle si l'on a conservé une âme ado et un peu geek - d'après vous c'est quoi un biniou, dans un monde à l'envers ?
Si le tome 2 conclut l'une des intrigues, le récit
principal est loin d'être épuisé. On est chez Soleil, après
tout, un monde - parallèle ou en série, j'hésite - où même les
fins annoncées sont repoussées, d'album en album, le succès
aidant. Souhaitons à Fourmille et Yuri une même réussite : je
suis prêt à en prendre plein les yeux pour une poignée d'opus
supplémentaires.
mardi 21 janvier 2014
La Vérité sur l'affaire Harry Quebert - Joël Dicker
Juste quelques mots pour
m'étonner cette fois non de la réussite commerciale de ce roman
(plus de 605 000 exemplaires pour la France, l'ouvrage étant traduit
dans une trentaine de langues) mais de son succès critique (la
presse, le Gand prix du roman l'Académie française, l'intérêt des Goncourt).
En parcourant internet à la recherche d'infos sur l'auteur et
l'aventure éditoriale du livre, j'ai constaté l'engouement d'une
critique officielle plutôt rétive à ce genre de création. Je
résume : « Enfin un roman qui raconte une grande et
ambitieuse histoire, toute de mystères et de rebondissements ».
Non mais les mecs, vous lisez des thrillers, des fois ? Je n'ai
rien vu dans LVAHQ que je n'ai guère déjà rencontré dix, quinze,
vingt fois ailleurs. C'est un roman de genre plutôt efficace, un whodunit au
milieu d'une petite communauté dont l'enquête est menée par un
romancier et un policier assermenté. Le tout mené avec un style assez lambda. Du coup, je m'attendais, moi, gros naïf que je suis, à tout autre chose.
Je
me prends à penser que l'idée de génie de de Fallois, ce
vieux briscard de l'édition française, proche des académiciens, déjà derrière les
best-sellers de Françoise Chandernagor et Robert Merle, aura été
de publier l'ouvrage sans aucune étiquette, permettant ainsi à
Dicker de rencontrer un plus grand nombre de lecteurs sans doute, de
convaincre une impressionnante quantité de critiques et chroniqueurs
sûrement.
Une
petite leçon en forme de pied de nez dont pourrait s'inspirer d'autres éditeurs, à
l'heure où les collections thriller/policier envahissent les tables
des libraires au risque de créer l'asphyxie.
Gravity - Alfonso Cuaron
photo : DR
Sans doute parce que le film a
coûté une fortune et en a très vite rapporté beaucoup plus, on a
raconté tout et n'importe quoi à propos de Gravity : un chef
d'oeuvre digne de 2001, un nanar déguisé, un métrage aux
références lourdingues, le plus beau film jamais tourné sur l'espace, une expérience d'un réalisme époustouflant, une
succession de clichés mal écrite.
Un de mes amis a même quitté la salle au bout d'une demi-heure, pour cause de rebondissements téléphonés.
Un de mes amis a même quitté la salle au bout d'une demi-heure, pour cause de rebondissements téléphonés.
Il faut savoir à quoi on a affaire : un survival épuré en somme, un film d'action, tendu à souhait. Et un acte de bravoure technologique dévolu tout entier au divertissement et à l'émerveillement. Du moment où l'on en a conscience, on se détend et tout va beaucoup mieux.
Cuaron père et fils affirment
avoir troussé le scénario en un mois. De fait, je les crois
aisément : l'histoire est si brève que l'on dirait une scène, étirée pour en obtenir un long métrage. D'ailleurs, le film
descend sous l'heure et demi. La mise en scène est sidérante les personnages judicieusement esquissés - mais jamais plus qu'esquissés, hélas, rendant toute émotion et empathie impossible en ce qui me concerne - le récit rythmé, la musique ingénieuse
puisqu'elle tient lieu de bande son, bruitages compris * dès lors que
l'on se trouve en plein éther, autant que d'illustration au roller-coster intense subi par l'héroïne - vous l'écouterez ici, par exemple. Le dépaysement ? Total.
Mise en scène et rythme : Cuaron a le talent d'accrocher le spectateur sans jamais avoir recours au montage hysterico/cut si cher aux jeunes cinéastes issus du clip et de la pub - je n'ose imaginer ce que Michael Bay aurait fait d'un tel projet ; ah ben si, Armageddon. Ses plans séquences jouent sur la perte des repères inhérents à un séjour en apesanteur, loin de la Terre, la mettent en valeur en une sorte de ballet fluide entre les machines et les humains - oui, moi aussi je peux donner sans vergogne dans le poncif.
Personnages: David O. Russell avait raison lorsqu'il disait de Clooney/Kowalski, sur le tournage de son excellent Rois du Désert, qu'il lui suffisait d'entrer dans une pièce pour s'affirmer auprès de tous comme un indiscutable leader. De fait, son personnage de vétéran de l'espace fonctionne à la perfection, malgré sa minceur et la brièveté de son séjour à l'écran. Quant à Sandra Bullock/Stone, elle passe assez vite de scientifique nauséeuse et un brin horripilante en une Ripley acharnée de la survie – lingerie et backstory familiale comprises. Sauf que l'Alien de Gravity s'avère une menace moins passionnante. Et son héroïne pas follement attachante, malgré (à cause de ?) tous les efforts du scénario. Mais là où Ripley retournait dans la gueule du loup en découvrant le décès d'une fille qu'elle n'aura pas vu vieillir pour cause de séjour prolongé en cryogénie (version longue de 1992), Ryan Stone fait de la mort de sa fille une raison de poursuivre la lutte pour sa propre survie.
L'action ? On est à Hollywood et comme si souvent, le réalisme autoproclamé avec caution supplémentaire des astronautes est constamment battu en brèche par les exploits de ses protagonistes. Et vous savez quoi ? Je m'en fous.
Car je ne me suis pas ennuyé une
seule seconde.
Au final reste l'impression d'une aventure visuelle aussi forte que dispendieuse, soutenue par un casting réduit à sa plus simple expression, un récit bout de ficelle agitant des marionnettes façonnées aux clichetons. Une impression étrange, un peu celle qu'avait pu me laisser Avatar : un choc visuel tissé sur un scénario convenu. L'un et l'autre étant le fruit singulier de leur créateur et de personne d'autre, écriture, production et innovations technologiques incluses. Rien du film de studio, en somme.
Au moins Gravity n'a pas la prétention de diffuser le moindre message édifiant - je veux dire, hormis "la vie c'est mieux que la mort".
*Musique et bande son ont obtenu un BAFTA ce février. D'ailleurs, le film a remporté quelques récompenses lors de cette cérémonie présentée par Stephen Fry, acteur, réalisateur et écrivain dont je recommande vivement Rhinocéros, une petite merveille : meilleur film britannique (c'est une co-production), meilleur réalisateur, meilleure photographie.
vendredi 3 janvier 2014
Broadchurch - série TV de Chris Chibnall
Dans une ville balnéaire du Dorset, la découverte du corps d’un jeune adolescent assassiné bouleverse les relations des autochtones et met à nu bien des secrets. Sur la trame classique du whodunit au sein d’une communauté - à la TV Twin Peaks en est un exemple bien connu mais on peut remonter bien plus loin avec les romans de Christie, bien sûr - Chris Chibnall écrit une oeuvre prenante de bout en bout.
Lent, le récit en lui-même n’est nullement original, et la violence physique quasi absente ; même si les cliffhangers sont soigneusement ménagés, ce n’est pas sans doute pas là qu’il faut chercher la qualité de cette mini série mais plutôt dans sa réalisation, sa lumière, sa musique et, surtout, son interprétation.
Non, David Tennant - vous le connaissez pour son rôle de Dr Who - n’est pas la bonne surprise de Broadchurch : il est même un cran au-dessous du reste du casting principal.
Olivia Coleman, l’inspectrice qui seconde un Tennant déboulant dans son service après une mutation, est bouleversante de bout en bout. Que ce soit dans le registre du quotidien ou les moments tragiques, elle assure avec une authenticité surprenante, une sensibilité émouvante. Pourtant, elle demeure le personnage dont on ne déterrera aucun secret, aucune faille singulière pour l’expliquer, la déterminer, voire l’enrichir - bon, on peut dire que l’existence d’une soeur inconséquente et dépensière est une fêlure. Son personnage est le lien entre le spectateur et les protagonistes, l’interface, le témoin éberlué de découvrir tant de péchés parmi ses semblables. Il en découle la mise en brèche d’ une sorte de naïveté exquisément interprétée. Ou plutôt non, vécue : Coleman ne joue jamais, elle existe. Pour moi, une révélation à la hauteur de Sidse Babett Knudsen, l’actrice de Borgen.
Jodie Whittaker et Andrew Buchan, les parents du gamin assassiné sont eux aussi parfaits, alternant la peine, la colère, le désarroi avec une même maîtrise : quelques regards, une inflexion de la voix suffisent.
Bien des seconds rôles contribuent à la réussite des intrigues parallèles. De quoi entraîner le spectateur, pieds et poings liés et avec empathie, dans les tourments de ces villageois pas toujours au-dessus de tout soupçon.
Quant à la formidable musique de Olafur Arnalds, elle jette une aura plus mélancolique qu’angoissante sur le littoral anglais - je vous conseille ses mini-concerts sur You Tube, tout en retenue et en émotion.
Malgré sa résolution un peu bâclée, Broadchurch est une réussite. L’enquête bouclée, le scénario prend un peu plus de la moitié du dernier épisode pour explorer les conséquences de la révélation du meurtrier : une nouvelle dose de noirceur pour une série qui ne manque pas de moments crépusculaires.
Millenium 3 : La princesse dans le palais des courants d'air - Stieg Larsson
Stieg Larsson n’aura pas eu beaucoup de temps pour montrer ce dont il était capable. Quadra hyperactif et militant, bourreau de travail vaincu par une crise cardiaque, il aura pourtant écrit 3 romans “policiers” d’une grande maîtrise, le 1er une enquête lente et assez classique sur un prédateur sexuel issu du passé, le 2nd un thriller nettement plus rythmé autour d’un personnage hors du commun - une hacker frappée du syndrome d’Asperger - et de son passé violent, intimement lié à l’histoire secrète du Rideau de Fer et de ses transfuges.
Le 3e opus n’est “que” la résolution politico-judiciaire du précédent. Est-ce pour cette raison qu’il m’a déçu ? Après le feu d’artifice de La jeune fille qui rêvait d’un bidon d'essence et d'une allumette, se retrouver peu ou prou enfermé dans une chambre d’hôpital ou dans les antichambres de divers cabinets m’a quelque peu surpris, pour ne pas dire ennuyé.
Les enjeux ? Prouver auprès des autorités démocratiques l’innocence de cette chère Lisbeth Salander, la mettre à l’abri de ceux qui l’ont jadis enfermée en hôpital psychiatrique pour des raisons d’état oiseuses. La Princesse dans le palais des courants d’air est une sorte de roman d’espionnage argumenté et très bavard qui m’a souvent donné le sentiment d’assister à un documentaire en caméra caché. Ponctué ici et là quelques climax détonnant furieusement avec le corps du récit - super-héroïque, Michael Blomkvist s’avère capable de détourner à mains nues une mitraillette pointée sur lui par un tueur aguerri ; sans doute son passé de journaliste d’investigation. Quant à Lisbeth Salender, elle parvient sans trop de difficulté à se débarrasser de son assassin de frère, une montagne de muscles insensible à toute douleur. Why not ? Mais pas dans ce roman-là, qui joue à plein la carte de l’hyper-réalisme à tout autres égards.
La foultitude d’intervenants, good cops ou villains ne m’a pas aidé à m’attacher à nombre d’entre eux, à même m’en souvenir d’un chapitre à l’autre.
L’intrigue secondaire, qui expose les difficultés d’une héroïne bien connue des lecteurs du cycle au sein d’un quotidien dont on lui vient de lui confier les rênes, est une charge supplémentaire contre les abus d’une certaine classe au pouvoir en Suède. Habilement menée, elle tient trop de la thèse pour passionner et sa résolution est un tour de passe-passe dont je n’ai pas bien compris l’intérêt, sinon celui de parler du métier de rédac chef dans une démocratie un peu (?) corrompue "par les puissances de l'argent". Et de couper le récit principal pour le laisser respirer, sans doute.
Malgré tout, comment ne pas admirer la qualité du récit, porté par une écriture blanche, un sens aigu de l’argumentation, une clarté des motivations et un propos presque libertaire, mené cependant sans ce pathos pubère qui plombe parfois les polars à message ?
Rafraîchissant aussi, le rôle des femmes dans tous les romans du cycle, leur place incontestable et incontestée, sinon par des personnages que Larsson a tôt fait de tourner en dérision. La vision libérée - comprendre : hors des clichés de la morale chrétienne - de la sexualité est tout aussi plaisante et moderne.
Surtout, Larsson a créé en la personne de Lisbeth Salander une héroïne hors du commun, bourrée de paradoxes irréconciliables et si passionnants à lire. Une création si forte que je crois en avoir trouvé trace chez plusieurs auteurs français, de Werber à Minier en passant par Traqui. En somme, une classe de personnage à part entière qui devrait inspirer d’autres écrivains d’imaginaire.
Malgré la déception que m’a suscité cet ultime tome, malgré son happy end aussi, je l’ai refermé la gorge serrée : Larsson est mort et la promesse de nouvelles aventures de Salander et Blomqvist restera à jamais inassouvie.
mardi 27 août 2013
Juliet, naked - Nick Hornby - éditions 10:18
De quoi ça parle ?
Description de l’éditeur : Que fait-on lorsqu’on pense avoir gâché quinze ans de sa vie ?
Annie travaille au petit musée local de Gooleness, un job peu honorifique qui
lui laisse assez de temps pour une visite hebdomadaire à son psy débutant. Mais le temps justement est devenu son pire ennemi.
Ado attardé, Duncan consacre tout le sien à Tucker Crowe, une rock star
américaine qui a disparu des radars de la scène depuis près de 20 ans, après un
album à succès. Il lui a dédié un site et passe ses journées à échafauder avec
une communauté de fans internautes les théories les plus farfelues sur la vie
de ce Salinger rock et sa réclusion sonique. Quand Duncan reçoit d’un
producteur la démo de son nouvel album acoustique, Juliet Naked…c’est l’instant
critique.
C’est comment ?
Vous descendez ? le précédent Hornby*, était un chef d’œuvre d’humanité
et de style, l’improbable collision de quatre destins sauvés in extremis de la chute littérale et figurée par la simple
coïncidence de leur rencontre. Juliet, naked, n’atteint guère ce
sommet – en béton – même s’il évoque aussi trois vies à l’orée d’un changement.
La mélancolie aussi aigre qu’un
fond de bouteille redécouvert deux semaines après l’ultime party, offre là encore l’une des principales saveurs. Oui, ça pique. Mais bien que
présent, l’humour y est plus rare, et le fou-rire absent. Si vous pensiez que
la trentaine finissante était une période bénie, vous autres pauvres quinqua bobos et désabusés
après tant de promesses non tenues, y compris celles que vous vous étiez faites, revoyez votre jugement : la douleur de
l’auto-déception n’attend pas. Et Internet n'y changera rien, que vous passiez ou non votre temps à partager votre passion - obsession ? - avec d'autres gentils allumés sur un forum dédié à votre star méconnue et désormais aussi mystérieuse, muette et absente qu'un Pynchon.
Ou bien Hornby la jouerait-il encore plus subtil ? On le dit, le web ne serait après tout qu'un miroir de notre société, de nos obsessions, de nos comportements. Souvent amplifiés, parfois déformés. Annie trouvera ainsi le chemin d'une certaine rédemption via la fameuse mailing list à laquelle son ennuyeux compagnon est abonné et dont il est l'un des plus fidèles et teigneux animateurs.
A deux doigts du désespoir et donc d’une lecture déprimante, Hornby décide en effet d’infléchir la courbe. Sa bien connue générosité envers ses personnages est telle, après tout, qu’il ne les laissera pas en plan au fin fond d’une station balnéaire anglaise sans leur donner un coup de pouce. Mais ne vous attendez pas à un improbable happy end : Hornby n’écrit pas pour les petits nenfants à rassurer avant d’éteindre la lumière, pas même lorsqu'il donne dans le roman ado - voir son très réussi Slam.
A deux doigts du désespoir et donc d’une lecture déprimante, Hornby décide en effet d’infléchir la courbe. Sa bien connue générosité envers ses personnages est telle, après tout, qu’il ne les laissera pas en plan au fin fond d’une station balnéaire anglaise sans leur donner un coup de pouce. Mais ne vous attendez pas à un improbable happy end : Hornby n’écrit pas pour les petits nenfants à rassurer avant d’éteindre la lumière, pas même lorsqu'il donne dans le roman ado - voir son très réussi Slam.
Tel un pansement stomacal posé avec tendresse pour
apaiser l’aigreur d’un fiasco conjugal annoncé, l’auteur résout les crises sans
modifier vraiment le régime de base – après tout, qui peut prétendre changer
radicalement ses goûts du jour au lendemain ? Et donne une leçon d'écriture à tous ceux qui cherchent à exprimer les doutes, les déconvenues d'une classe un peu trop éprise d'elle-même.
*du moins pour les adultes, Slam, roman jeunesse mettant en garde les ados sur les conséquences des rapports sexuels non protégés, lui étant postérieur en France.
Traduit par Christine Barbaste
mercredi 7 août 2013
Un Long moment de silence - Paul Colize - Prix du Boulevard de l'Imaginaire
De quoi ça parle ?
De nos jours, Stanislas
Kervyn, patron d’une florissante boîte de sécurité informatique, présente dans
une émission littéraire son ouvrage : une longue enquête sur la mort de
son père, aveuglément abattu comme d’autres voyageurs dans l’aéroport du Caire,
un jour de 1954. Une mort aussi violente que mystérieuse, le commando d’assassins
ayant disparu dans la nature, emportant avec lui le mobile de son action
funeste. L’émission à peine achevée, un inconnu contacte l’écrivain : « J’ai
du nouveau concernant votre affaire : j’étais le chauffeur du commando ».
Une révélation suffisante pour que Kervyn relance son enquête et ne tarde à
cumuler les éléments, sans toutefois parvenir à leur trouver une cohérence. Une
interprète viendra lui prêter main forte pour traduire les nombreux documents
polonais tout juste collectés. En parallèle, le roman narre l’évolution depuis
la fin des années 40 d’une organisation secrète, Les Chats, inspirée de l’authentique
The Owl, et dont la mission fut – est ? – de traquer les tortionnaires nazis
et de les abattre, où qu’ils se trouvent. Nathan Katz s’en affirme peu à peu comme
l’un des principaux agents. Ne reste plus qu’à découvrir le lien qui unit ces
deux intrigues,distantes de plusieurs décennies.
C’est comment ?
Paul Colize n’est pas un
débutant : cet opus est son 9e effort, les sept premiers ayant
été publiés dans son pays, en Belgique, sinon à compte d’auteur du moins sous
une forme de coopérative peu connue en nos contrées. En France, Alain Fourniaud
des éditions de la Manufacture de Livres avait déjà craqué sur Back Up. Bien
lui en a pris.
De fait, l’homme maîtrise
parfaitement les ficelles du thriller psychologique, cette forme de suspense où
le cheminement de la victime importe plus que la procédure policière – de fait,
aucune enquête officielle, aucun agent assermenté ne figure dans ces pages,
Colize avouant son peu d’intérêt pour la création de ce type de récit.
Si aucune menace précise ne
flotte autour du personnage principal, sinon une vague tendance suicidaire,
Colize sait entretenir le suspense en tissant parallèlement à cette intrigue
contemporaine un récit par moment haletant et qui débute après 1945. Portait
terrible d’une guerre secrète, celle menée par une poignée d’hommes et de
femmes juifs et la plupart tout juste rescapés de la Shoah, cette histoire
porte pendant un long moment l’essentiel de la charge dramatique. Les « Chats »,
dont Nathan Katz – jeu de mots volontaire ? - devient une figure centrale,
mènent leur revanche avec autant de brio que d’ombre, de dilemmes moraux que de
détermination. Les procès qu’ils mènent ne sont que guère que des prémices
hypocrites à une sentence immuable : la peine de mort exécutable sur le
champ.
Quel lien le destin de Katz a-t-il
avec celui de Stanislas ? La vengeance systématique des Chats pourrait-elle
expliquer le décès du père au Caire ? La lente transformation de ce
personnage tout d’abord sympathique, compagnon loyal, homme aimant et père
dévoué, en meurtrier glacial fait écho à la métamorphose du narrateur mais en sens
inverse.
Car au début du roman Stanislas
est une brute, l’un de ces patrons tout puissant ne croyant plus en l’homme et
encore moins en ses collaborateurs. Le parfait misanthrope, dont la réussite
professionnelle autorise toutes les vacheries, justifie toutes les exigences.
Même la brillante et glamour interprète qu’il embauche bientôt pour l’aider dans
son enquête fait les frais de sa morgue, de ses coups de gueule, offrant un
contrepoint tout en intelligence et non soumission. Quand il n’écrit pas, Paul
Colize forme les cadres dirigeants de grands groupes aux lois du management d’entreprise ;
de son propre aveu, Stan serait son pire élève, l’exemple à ne pas suivre.
Pourtant, Stanislas cheminera
peu à peu vers la lumière, celle de la vérité de son passé et de la découverte
de son humanité, tandis que le lecteur comprendra quelle violence intime a déterminé
ce caractère de chien.
Tout aussi maîtrisée que sa
construction narrative, la plume de Colize définit tant les lieux que les
protagonistes avec une belle évidence. Son secret ? Pas plus de trois
éléments pour présenter personnages ou décors. Simple non ? Sauf qu’il s’agit
de choisir les bons, et Colize est très fort à ce jeu-là. Cette contrainte si
créative, il la tiendrait d’un certain auteur français dont le
héros est un aristocrate autrichien. Dévoreur de bouquins depuis toujours, l’auteur
avoue plus volontiers sa dette à Sébastien Japrisot, dont Un long dimanche de fiançailles
a inspiré son Long moment de silence, entre autre pour son titre.
Roman noir aussi émouvant que
prenant, Un Long moment de silence a conquis les jurés de ce premier prix du
Boulevard de l’Imaginaire au point de faire l’unanimité. Il entretiendrait
aussi un lien singulier avec l’auteur, car à la toute fin on…
Mais chut !
A vous de le découvrir sans tarder.
Libellés :
lectures,
prix du Boulevard de l'imaginaire,
thrillers
samedi 3 août 2013
Le Prince de la brume - Carlos Ruiz Zafon
De quoi ça parle ?
1943. Menacée par la guerre, la famille Carver gagne la côte anglaise et emménage dans une belle maison de station balnéaire. De redoutables secrets les attendent. D'un prince, surgi de la brume, la malédiction attend son accomplissement (issu de la description de l'éditeur)
C'est comment ?
Un vilain méchant clown qui
fait peur, un trio d’ados avec coup de foudre à l’heure des vacances d’été, une
ancienne malédiction, un cirque étrange, des contrats faustiens, une bien
inquiétante maison, un chat maléfique… Les clichés abondent si bien que Zafon a
beau espérer que ses inventions plairont aux lecteurs de tous âges, comme il l'indique dans son introduction, son Prince des brumes est
bien un roman « jeunesse ». Avec toutes ses limites pour le lecteur adulte que je suis. Tant pis pour moi.
Précédant de presque une
décennie L'Ombre du vent, ce 1er roman clame déjà haut
et fort le goût marqué de Zafon pour le gothique. Le style en est déjà pompeux, le
climat tourne vite à l’orage, la menace se veut surnaturelle et surgi du
passé, une partie des protagonistes est irrémédiablement maudite.
Dans le genre et du même auteur, je lui préfère,
et de loin, Marina, son 4e.Traduit de l'espagnol par François Maspero.
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